Pourquoi certains decks cartonnent-ils en Grandmasters mais pas du tout ailleurs ?

Illustrons nos propos avec le deck Druide Spell
JHden | 06/06/2020 à 14h17 - 1

Dans la majorité des articles, je m'inspire beaucoup de la ligue des Grands Maîtres. Après tout, c'est logique, ce sont les meilleurs joueurs au monde et il y a du contenu chaque semaine, on peut y voir les dernières line ups, idées de decks ou adaptations aux match ups.

Cependant, cette semaine a eu lieu la conclusion de deux tournois internationaux regroupant ce que l'on peut considérer comme le Tier 2 des joueurs. Tout d'abord, la victoire de Dizdemon en House Rivalries Masters et ensuite celle de Dreivo en Battleriff pro league season 7, oui même en dehors des Masters Tour, les français gagnent à la fin.

Mais ce qui m'a le plus marqué dans ces deux tournois n'est pas vraiment les vainqueurs ou les decks qui ont été ramenés, car les lines up étaient très proches entre ces tournois et les grand maîtres, voire même exactement les mêmes. L'élément marquant est dans les performances des différents decks, car on peut constater de relativement grosses différences dans les performances de certains héros. Avec comme exemple marquant, le druide spell qui a été le pire deck de la semaine pour les grands maîtres et l'un des plus solides en Battleriff pro league.

Alors qu'est-ce qui impacte la performance d'un deck dans des environnements relativement similaires en terme de match ups ? Qu'est-ce qui peut expliquer que dans la même semaine, un deck arrive à être ouvertement critiqué par les joueurs puis la même liste poste un winrate presque doublé sur un tournoi qui a lieu peu après ?


1. Le choix de la stabilité ou de la puissance brute

Le métagame actuellement ne repose plus vraiment sur la puissance brute des decks. Beaucoup de decks sont choisis pour leurs match ups même s'ils ont des lacunes bien connues de tous. Simplement, tant que ces lacunes là ne sont pas exploités, le deck n'est pas un problème à intégrer dans une line up de tournoi. Les deux seuls decks qui ne répondent pas à cette logique sont le guerrier et le chasseur de démons, qui sont les deux decks presque unanimement amenés par les joueurs et également les deux meilleurs winrate jusqu'à maintenant.

Sur la partie des rondes suisses de la ligue des Grands Maîtres, le guerrier est très loin devant le reste avec 70,7% de winrate (65-27) et le chasseur de démons est second avec 54,7% (134-111). Toutes les autres classes sont à 50% ou moins sur cette portion du tournoi, avec chasseur, démoniste et voleur étant tout de même proche du 50% alors que mage et prêtre sont plus proche des 40% . Le druide est bon dernier avec 38% de winrate (49-80) alors qu'il est l'un des decks les plus amené actuellement.

Ce qui explique l'énorme fossé qu'il y a encore guerrier et les autres, puis entre chasseur de démon et les autres vient de deux aspects des decks actuels : la stabilité des decks et leur puissance relative dans le métagame. Ou, plus simplement, la puissance maximale que le deck peut atteindre et la fréquence à laquelle le deck l'atteint réellement.

Vous l'aurez compris, le guerrier est aussi loin devant car il est premier dans les deux catégories. Il peut développer des moyens de mettre l'adversaire sous pression ainsi que des combos de dégâts en fin de partie, et il est également très stable de part la présence de l'ancre du salut et de la rage du combat.

Mais l'exemple qui m’intéresse aujourd'hui est celui du druide spell, un deck qui revient depuis quelques semaines et qui évolue beaucoup actuellement avec l'inclusion de plus en plus de dragons dans la liste. Il pourrait bien détenir la première place dans la catégorie puissance relative, car lorsque tout se passe comme prévu, vous avez 3 mana d'avance sur votre adversaire, une vendeuse de montures et plusieurs serviteurs à 3 mana prêt à écraser votre adversaire.

Mais la raison pour laquelle le deck ne poste qu'un winrate si bas, c'est le fait que sa stabilité est très fragile, n'ayant que 5 cartes de développement dans le deck, dont 3 qui peuvent être défaussées par les fortunes fongiques. Une autre raison qui explique sa pauvre performance est le winrate contre chasseur de démons qui est de 26%, soit proche des abysses quant on sait qu'en dehors de guerrier (qui est banni la plupart du temps), chasseur de démons est l'autre deck que l'on est sûr de croiser.

En comparaison avec les decks autour de 50% de winrate (démoniste, chasseur et voleur), on peut voir que ces decks sont beaucoup plus dans le coté de la stabilité (avec tout de même de grosses possibilités d'highroll) et qu'ils permettent donc d'avoir une stratégie qui devrait fonctionner plus régulièrement, ce qui en tournoi semble beaucoup plus important que la possibilité d'highroll son adversaire.

C'est la raison par exemple pour laquelle prêtre a un winrate supérieur à druide dans la ligue GM, alors que pourtant prêtre est bien plus simple à contrer sur le principe. Prêtre donnera au joueur qui le ramène presque toujours le même résultat, il s'attend à ce que le deck peut produire, et il va donne l'amener uniquement lorsqu'il pense que la stratégie qui l'inclut a du sens. Le deck n'est pas excellent en terme de puissance et dispose de nombreux match ups difficiles actuellement (chasseur, voleur, démoniste sont trois decks populaires qui le battent régulièrement), mais on peut compter dessus pour remplir sa fonction.

Malfurion lui, est beaucoup plus capable de voler des matchs défavorables et de surprendre l'adversaire, mais il peut aussi perdre des matchs qu'il devait gagner sur le papier, et cette volatilité est son plus grand défaut actuellement. Alors pourquoi prendre le druide en masse ? Eh bien il y a deux raisons très simples à cela :

  1. La première est de se dire que de toute façon, chasseur de démons est un deck qui se validera car il est le meilleur deck une fois guerrier hors de l'équation, et donc on ne prend pas vraiment sa présence en compte dans le calcul des match ups. Ainsi, les 26% de victoires n'ont pas une importance si grande que cela.
  2. La seconde raison, et sûrement la plus importante actuellement, c'est de regarder le métagame dans son ensemble et de se rendre compte qu'il n'y a pas vraiment de decks agressifs en dehors du chasseur de démons actuellement. Ainsi, la plus grosse faiblesse du deck  qui est le début de partie n'est pas si exploitable par les autres decks si on considère la première raison et que l'on ignore chasseur de démons.

Mais malgré ce raisonnement, druide reste le pire deck de la saison en ligue des grands maîtres, et avec une marge assez grande il faut l'admettre. Alors pourquoi le deck est-il tout de même très populaire en ladder et également toujours largement amené dans les tournois mineurs ?

Et bien c'est souvent une question de perspective de jeu.


2. La prise de risque est différente entre les deux niveaux de jeu

En ligue des grands maîtres, vous affrontez des adversaires connus dont vous connaissez les qualités. Mais il y a également la qualité de l'entrainement qui entre en jeu, car vos partenaires sont souvent eux même des grands maîtres qui vous montreront beaucoup plus rapidement les limites de vos decks et de vos idées.

Ainsi, lorsque les performances générales d'un deck chutent, les meilleurs joueurs vont se réunir et très vite comprendre quels sont ces problèmes, voir s'ils peuvent être réglés et sinon partir sur d'autres options. Et la raison à cela est le fait que leur entrainement sera très proche de la réalité de leur partie, les joueurs qu'ils affrontent dans les deux cas étant soit les mêmes soit très proches en terme de niveau. Leur perspective de jeu est ainsi très proche de la réalité de ce qui se passe durant le tournoi.

Pour les joueurs dans les ligues mineures, beaucoup de ces paramètres sont très différents. Tout d'abord, la quantité d'adversaires potentiels est beaucoup plus grande, et donc les informations recueillies ont des chances d'être moins précises.

Ensuite, vous allez affronter et vous entraîner avec des joueurs qui ont moins de temps et moins de connaissances dans le très haut niveau. C'est donc beaucoup plus difficile de tester et valider les tendances du métagame que l'on peut voir en ligne, et même si on parvient à le faire, le nombre d'adversaires étant beaucoup plus grand, on peut toujours tomber sur un joueur qui ne voit pas les choses de la même façon.

Quand on part de ce postulat, le choix presque évident des decks plus stables en ligue des grands maîtres devient beaucoup plus discutable. Et des decks avec un potentiel beaucoup plus haut gagnent alors en intérêt car l'environnement autour de lui est plus instable également.

Enfin, le dernier argument qui donne du poids au choix d'aller dans le sens du highroll est le niveau de jeu des adversaires. Car en effet, si on reprend l'exemple du druide, il n'y a actuellement pas de contres immédiat au fait de prendre son temps pour grimper en mana. Des decks comme le chasseur face ou le démoniste zoo sont totalement absent du métagame actuel et cela récompense donc les decks qui ont besoin de quelques tours pour ensuite pouvoir exploser, ce qui est exactement ce que fait le druide spell actuellement.

Sauf que si dans les tournois mineurs, les joueurs ont beaucoup plus tendance à jouer leur stratégie et à développer le principe de leur deck, car c'est sur ce point là qu'ils ont investi la plus grande partie de leur temps de préparation limité. Les grands maîtres, quant à eux, ont tout le temps pour trouver comme rééquilibrer des situations défavorables et vont avoir tendance à prendre des risques pour justement éviter ces situations au maximum. Ils vont donc beaucoup moins se laisser embarquer par le plan théorique et seront capables de prendre des lignes de jeu totalement situationnelles.

C'est la raison pour laquelle on voit beaucoup plus d'aventuriers en pleine quête dans le voleur actuellement, ou pourquoi le chasseur highlander a réduit sa curve pour avoir des sorties plus explosives. Sans avoir besoin de forcément changer de deck, l'archétype midrange est assez flexible pour pouvoir s'adapter et compenser des match ups en principes difficiles. Et dans les mains expertes de ces joueurs, qui prendront les risques nécessaires pour l'emporter, la flexibilité et la stabilité sont bien plus importantes que la puissance générale, qui sera elle plus récompensée dans les ligues mineures.

Le métagame actuel pourrait bien être l'un des plus complexes depuis des années, et les différences de résultats entre les différents niveaux du monde compétitif montrent bien qu'il reste encore beaucoup de choses à découvrir même avec des decks qui ne semblent plus évoluer qu’occasionnellement.


3. Decks Druides

Pour conclure, voici quelques versions du druide actuellement que vous pourrez essayer pour vous faire votre propre idée sur l'archétype dans l'environnement actuel.

Druide Spell, version classique

  • AAECAZICBP0CxAbkCPatAw3+AdMD9wPmBbmUA+KfA9ulA/m1A+W6A+i6A+y6A+66A++6AwA=

Druide spell Dragon : (Exploratrices d’émeraude)

  • AAECAZICBP0C5gXEBvatAw3+AdMD9wO5lAPinwPbpQP9rQOMrgPlugPougPsugPuugPvugMA

Druide Spell Dragon : (Alexstraza + Malygos)

  • AAECAZICBrQDxQTEBuQI9q0D/a0DDED+AdMDuZQD4p8D26UDjK4D5boD6LoD7LoD7roD77oDAA==
Tags : Hearthstone Metagame
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